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Sujet libre

Contribution de Baptiste Hurni, député socialiste au Grand Conseil neuchâtelois - 3 septembre 2009 - 11h52
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Débat public
Lettre ouverte à Hans Rudolf Merz

Lettre ouverte à Hans Rudolf Merz

 

«Vous aviez à choisir entre la crise diplomatique et le déshonneur; vous avez choisi le déshonneur et vous avez la crise diplomatique. »

 

Monsieur le Président de la Confédération,

 

Après vos plates excuses du 20 août dernier à Tripoli, pour l’arrestation devenue soudainement injuste d’un diplomate – Hannibal Kadhafi - ne pensez-vous pas que l’on doit s'interroger sur la signification que vos propos peuvent avoir à l'avenir ?

 

Lorsque le président de la Confédération s'excuse, il le fait pour tout le peuple qu'il représente. Lorsque vous admettez que la Suisse a injustement arrêté des diplomates libyens, vous le faites pour chacun d'entre nous. Il ne s'agit évidemment pas de simples paroles. Dès le début du conflit, l'aspect symbolique a été le plus important : les valeurs d'égalité devant la justice de la Suisse, contre l'arbitraire d'un dictateur. S'excuser, ce n'est pas seulement prononcer quelques mots ou signer un bout de papier, mais c'est admettre que dans notre pays la logique de l'arbitraire et d'une justice différenciée entre êtres humains existe. En somme, c'est sciemment avouer notre manque de souveraineté et admettre une faiblesse telle que même en Helvétie, nos lois ne s'appliquent pas. Il y a lieu de s'inquiéter, car cette décision pourrait bien créer une "jurisprudence" diplomatique.

 

Dès lors, comment, désormais, réprimer les délits de diplomates étrangers en Suisse, alors qu'on admet implicitement que le fils Kadhafi n'a pas eu tort de frapper ses employés? Comment expliquer à la jeunesse de ce pays que la Suisse est la plus vieille démocratie d'Europe, la plus directe et que notre droit est fondé sur l'égalité entre êtres humains, si la plus haute instance politique de notre pays admet des exceptions? Expliquera-t-on dans nos cours d'éducation civique que la justice est à géométrie variable, selon votre richesse et votre titre. Il y a les simples citoyens tenus de respecter la loi, vous et moi, et il y a les autres, qui ont le droit d'être ivre au volant, de frapper leur femme, leurs employés, que toutes et tous peuvent être leurs victimes mais que dans ce cas, la justice ne les protège pas. Et ces gens-là n'auront jamais à répondre de leur acte.

 

Alors oui, je suis sans doute encore un peu naïf. Il y a peut-être une logique citoyenne, politique, démocratique en somme, et une autre réalité, diplomatique, pragmatique et dépourvue d'idéal ; et ces conceptions ne font pas bon ménage. Mais j'avais cru que ce pays avait été construit non pas sur des opportunités, des rétractations et des faux-semblants, mais sur la démocratie, l'égalité et le droit. Vous avez décidé que ce ne sont plus ces valeurs qui seraient nos phares dans la brume. De quel droit ?

De plus, n’êtes-vous pas finalement le plus naïf de nos deux? Lorsque Bill Clinton va en Corée du Nord pour sauver des otages, il revient avec. Vous êtes rentrés en Suisse, certainement pétri de bonnes intentions, mais sans garantie. Les exigences de Tripoli augmentent chaque jour, l’avion du Conseil fédéral fait l’aller et retour vide. Monsieur Merz, cet échec complet devrait impliquer votre démission, mais je ne peux pas m’y résoudre. En effet, la démonstration de force de Mouammar Kadhafi serait alors complète : il pourrait se gausser, à juste titre, d'appliquer sa loi tribale au cœur même de l'Europe.

 

Monsieur Merz, aujourd’hui, vous avez vraiment des excuses à faire, mais à l’égard de la population suisse. Vous devez vous excusez auprès de la famille des deux Suisses toujours retenus à Tripoli pour leur avoir donné de faux espoirs, vous devez vous excusez de votre naïveté coupable et finalement, vous devez surtout vous excusez auprès de vos concitoyens pour les avoir tous impliqués dans des excuses injustifiées violant les valeurs fondamentales de notre pays. Mais ne faites pas le plaisir à la famille de Kadhafi de démissionner, qui commencerait ainsi à démanteler notre Etat, comme elle a promis de le faire!

 

 

 

Baptiste Hurni, député socialiste au Grand Conseil neuchâtelois