La crise financière, provoquée par la chute du système bancaire, a atteint également depuis l’automne de l’année dernière l’économie réelle.
L’industrie d’exportation a été la première touchée en Suisse. Notre pays vit la plus grosse baisse économique depuis les années 30. Les conséquences sociales de la crise financière vont être de plus en plus visibles chaque jour. Pour Caritas Suisse, c’est une nécessité urgente, d’avertir à temps des problèmes sociaux qui vont nous toucher sous peu.
1. Défis sociopolitiques
1.1. Chômage
La baisse conjoncturelle a atteint le marché du travail. Le taux de chômage augmente toujours plus. Bientôt 150'000 personnes se retrouveront sans travail. En plus, il y aura la brusque hausse du chômage partiel. Si nous considérons ces chiffres, dans deux mois, 200 000 personnes vont se retrouver sans travail ou au chômage partiel. Jusqu’à la fin 2009, la situation va encore se détériorer et il faudra compter sur un nombre de 250 000 chômeurs. Ce développement est dramatique, la Suisse se trouve devant d’énormes problèmes sociaux.
1.2. La pauvreté augmente
Caritas Suisse exploite ensemble avec les Caritas régionales la coopérative des «Épiceries Caritas». Dans ces magasins, seuls ceux qui obtiennent une carte de légitimation peuvent y acheter des denrées alimentaires. Le chiffre d’affaires des épiceries de Caritas reflète la situation économique de la population la plus fragile: plus le nombre de personnes en situation de précarité augmente, plus le chiffre d’affaires des Épiceries Caritas augmente. En 2008, le chiffre d’affaires a augmenté de près d’un tiers. Comme nous le savons, ce sont avant tout les parents seuls, les familles avec de nombreux enfants, les étrangers et les petites entreprises qui ont un risque élevé de pauvreté. La crise qui commence va toucher particulièrement durement cette partie de la population. Le nombre des personnes à l’aide sociale va augmenter significativement. Comme l’expérience des années 90 le montre, il faudra compter dans les deux à trois années à venir sur une augmentation de 50 % de personnes à l’aide sociale. Ce nombre va atteindre plus de 300'000 jusqu’à 350'000 personnes avec leurs familles.
1.3. Places d‘apprentissage
Les entreprises privées ne prévoient actuellement que peu de nouvelles places de travail. On le constate déjà fortement parmi les places d’apprentissage. Les élèves les plus faibles ayant terminé leur scolarité ressentent la retenue des entreprises. Plusieurs élèves ayant terminé leur scolarité se verront voler leurs espoirs de trouver une place d’apprentissage. De plus, les jeunes qui ne trouvent pas de place de formation dans le marché du travail actuel, ne trouveront pas d’autres emplois non plus. Ce qui signifiera bientôt toujours plus de jeunes à l’aide sociale.
1.4. Ceux qui ont terminé leur apprentissage
Durant les mois de juillet et d’août, nous constaterons que le chômage va augmenter de manière importante, car un nombre important d’apprentis ne trouveront pas de place. Bien que ces jeunes gens aient une formation adaptée au marché du travail, personne n’en veut. L’amertume et la frustration de nombreux jeunes nous attendent. Comme l’expérience le montre, le chômage des jeunes est une énorme hypothèque pour la société et de grandes sources de conflits sociopolitiques.
1.5. Aide sociale
Plus longtemps dure le chômage, plus vite augmente le nombre de personnes qui sont exclues et qui doivent se tourner vers l’aide sociale. Caritas sait, comme c’est difficile pour ces personnes, de revenir sur le marché du travail. Souvent ces personnes s’effondreront physiquement et psychiquement et seront stigmatisées. Le chemin pour sortir de l’aide sociale est coûteux et pénible. Le chômage de longue durée laisse des traces durables sur les personnes.
1.6. Xénophobie
En ces temps de chômage, les tensions sociales vont augmenter fortement et il va s’instaurer un climat d’accusation. C’est le temps pour une montée de la xénophobie. En raison de leur origine, les personnes vont être prises pour des boucs-émissaires et deviendront un sujet politique. La xénophobie doit aussi être prise au sérieux comme un thème de sécurité intérieure.
1.7. Efforts d‘intégration
Dans les dernières années, l’assurance-invalidité a pu faire de grands progrès dans l’intégration des personnes handicapées physiques et psychiques grâce à un instrument amélioré et avant tout grâce à une bonne situation du marché de l’emploi. Dans le contexte de la baisse du marché du travail, ces progrès sont menacés de disparaître.
1.8. Les salariés âgés
Celui qui perd sa place de travail après 60 ans, n’a que peu de chance de trouver une nouvelle place de travail. Dans le contexte de réduction des indemnités de l’assurance-chômage, il y a un risque élevé de pauvreté pour les salariés les plus âgés. Les défis sociopolitiques sont importants, des mesures politiques fortes sont nécessaires.
2. Que faire ?
Assurer les places de travail
La baisse conjoncturelle demande un comportement anticyclique de la part de l’Etat. Nous avons soutenu les deux paquets conjoncturels décidés jusqu’ici par la Confédération. Mais ils ne suffiront pas pour la suite et pour agir efficacement sur la baisse de la demande. D’autres paquets doivent être ficelés. Il ne manque pas de possibilités pour investir de manière sensée aux niveaux économique et sociopolitique dans des projets d’infrastructure: ferroviaire, énergies alternatives, formation continue etc. Pour cela plusieurs milliards de francs sont nécessaires. Chaque franc, qui est investi pour le soutien ciblé à l’économie intérieure est un investissement dans l’économie nationale, avant tout aussi un investissement dans la politique sociale. Il n’y a pas de choix: ou les coûts de la crise financière retombent sous forme d’investissements pour le renouvellement et la consolidation de l’infrastructure de la Suisse, ou ils se retrouveront sous forme de déficits dans l’assurance-chômage. La Confédération et les cantons disposent d’une excellente situation financière. Ils ont fait ces dernières années de gros bénéfices et ceux-ci doivent pouvoir assurer des places de travail. Après les baisses d’impôts des dernières années, il faut pouvoir s’imaginer la possibilité de hausses d’impôts.
Places d’apprentissage
Pour que les jeunes ayant terminé leur école trouvent une place de formation malgré la mauvaise situation du marché du travail, il est nécessaire que la Confédération fasse un effort ponctuel pour le soutien des places de formation. Les entreprises qui sont déjà prêtes à prendre plus d’apprentis que les années passées, doivent être récompensées pour leur engagement particulier et compensées financièrement. L’assainissement de l’assurance-chômage L’assainissement de l’assurance-chômage dans les années de bonne conjoncture a été politiquement empêché. A cause des dettes, les prestations de l’assurance-chômage ont dû être réduites. Cela concerne le minimum vital des personnes au chômage. En temps de crise, il ne doit pas y avoir de réduction, car les chances de retrouver une nouvelle place de travail sont minces dans ce contexte de baisse conjoncturelle. Pour assurer les prestations de l’assurance-chômage, il est indispensable d’augmenter les contributions. La solidarité entre ceux qui ont du travail et ceux qui sont hors du marché du travail doit être encouragée. Pour cela, il est indispensable pour le financement, non seulement d’augmenter les parts salariales mais aussi d’utiliser la TVA comme instrument de financement. C’est une contribution essentielle dans le sens de la solidarité entre les générations.
Chômage partiel et formation
Le chômage partiel est un instrument important pour éviter temporairement des licenciements. Il est néanmoins indispensable que le temps «libre» soit utilisé pour améliorer et développer les capacités professionnelles. En plus, des mécanismes d’incitation doivent être intégrés dans l’assurance-chômage, par exemple des contributions aux frais de formation.
Assainissement de l’assurance-invalidité
L’assurance-invalidité se porte mal financièrement. Le manque de financement de ces dernières années agit de manière négative. Les propositions pour assurer le financement de l’assurance-invalidité, qui vont arriver devant le peuple en automne, doivent trouver une majorité. Caritas s’engage pour cela. La crise financière ne doit pas s’exercer sur le dos des rentiers de l’assurance-invalidité.
L’aide sociale
En ces temps de crise, un fondement de la politique sociale ne doit être remis en question: le minimum vital! Cela va du respect de la dignité humaine. Le niveau de l’aide sociale est l’indicateur de l’état sociopolitique de notre pays. Les communes et les cantons doivent absolument remplir leurs devoirs sociopolitiques. Des réductions dans l’aide sociale ne sont pas tolérables. La situation financière des cantons demande un engagement fort dans l’aide sociale. Des prestations humaines de l’aide sociale sont une contribution décisive pour la paix sociale dans notre pays. Il y va de l’intégration et de la cohésion sociale en ces temps de crise! La stabilité tant sociale que politique doit être préservée. XénophobieLa voix du Conseil fédéral doit se faire entendre. Exactement, comme le Conseil fédéral et les gouvernements cantonaux se sont engagés publiquement pour la libre circulation des personnes, le Conseil fédéral et les gouvernements cantonaux doivent aussi s’engager contre l’hostilité envers les étrangers. Pour cela, il faut une large campagne qui mette en garde qu’avec la marginalisation et la diabolisation des étrangers, on ne peut résoudre aucune crise.
Implications pour Caritas
Caritas va devoir s’engager encore plus dans le domaine de la consultation sociale qui va aller en augmentant fortement ces prochaines années. En 2008, ce sont près de 9000 dossiers qui ont été traités par les différents services de consultation sociale du Réseau Caritas au niveau suisse, soit près de 2000 de plus qu’en 2007. Cela constitue un grand défi pour le futur. Un grand défi attend également les Épiceries Caritas qui doivent chaque année ouvrir de nouveaux magasins pour satisfaire à la demande sans cesse croissante des personnes contraintes d’acheter leurs denrées alimentaires à des prix réduits. Dans le contexte de hausse du chômage et d’augmentation du nombre de personnes en situation difficile, les entreprises sociales seront des moteurs de l’emploi et permettront aux chômeurs de longue durée ainsi qu’aux personnes exclues du marché du travail de se réinsérer tant socialement que professionnellement.